Contre la pénalisation de l’action militante : Pétition de soutien aux 2 militantes de RESF 63 convoquées pour un rappel à la loi

, par  Sylvain De Smet , popularité : 4%

Lettre ouverte au procureur contre la pénalisation de l’action militante

Lettre Ouverte

A Monsieur le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance

à Clermont-Ferrand

Monsieur le Procureur,

Madame Marie-Luce POUCHARD et Madame Corinne MIALON, militantes du Réseau Éducation Sans Frontières 63, ont été entendues au commissariat de police de Clermont-Ferrand le 16 juin 2011 dans le cadre d’une enquête préliminaire. Elles ont reçu une convocation pour rappel à la loi au motif contesté qu’elles auraient organisé une manifestation sur la voie publique sans déclaration préalable le 08 juin 2011.

Ce rassemblement avait lieu dans l’urgence en raison de la situation préoccupante, pour des raisons de santé notamment, de parents immigrés et de leur enfant de 15 mois né en France, conduits au Centre de Rétention en vue de leur expulsion, aujourd’hui de retour à Clermont-Ferrand.

Nous tenons à vous faire part de notre profonde inquiétude face au recours à la justice pénale pour décourager l’action militante des membres du RESF 63. Les manifestations et rassemblements, qui ont eu lieu depuis de nombreuses années, se sont toujours déroulés dans le calme. Le non-respect du délai de déclaration de 3 jours était jusqu’ici toléré dans le Puy-de-Dôme comme fréquemment sur le plan national.

Ce changement brutal de politique, assorti du recours à la répression, s’apparente à une véritable mesure d’intimidation pour museler l’action militante qui n’accepte pas de se taire devant les dérives actuelles de la politique d’immigration.

Nous ne doutons pas de votre souci de ne pas laisser la justice pénale instrumentalisée à des fins sans aucun rapport avec la lutte contre la délinquance, au risque de menacer les libertés fondamentales, tout spécialement le droit de manifester pacifiquement son indignation et exprimer son soutien à des hommes, femmes et enfants en grande détresse.

Vous comprendrez que nous accordions une grande attention à l’issue de la procédure dont vous êtes saisi, particulièrement sensible du fait du caractère éminemment démocratique que revêt la liberté de manifestation.

Avec Marie-Luce POUCHARD et Corinne MIALON, nous, signataires de cette lettre, sommes tous responsables, et nous ne pouvons envisager qu’elles aient à répondre devant la justice de notre pays, garante des libertés individuelles, de démarches ne transgressant en rien les droits et devoirs liés à une action citoyenne.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Procureur, l’expression de notre respectueuse considération.

Téléchargez la version papier de la lettre ouverte,

à renvoyer à RESF63/LDH Centre Jean Richepin

21 rue Jean Richepin 63000 Clermont-Ferrand
mercredi 29 juin 2011.

Voir en ligne : Pour signer la pétition, cliquer ici.

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  • Portrait fait par Alban Alvarez, étudiant en journalisme

    Portrait de Sylvain De Smet : Je vous sers un Vert ?

    Depuis dix ans, Sylvain De Smet œuvre à la buvette du Sénat. Militant écologiste, il concilie devoir de réserve sur son lieu de travail et engagement politique à l’extérieur.

    On peut l’imaginer derrière le comptoir doré. Devant lui et sous l’étincelant lustre, des sénateurs discuteraient de la taxe carbone. Mais sa participation au débat se limiterait à les servir. Les fonctionnaires parlementaires sont tenus à la discrétion professionnelle. C’est ce qu’on appelle le devoir de réserve. A 44 ans, Sylvain De Smet est barman au Sénat. Il porte un pantalon et un gilet noirs, un nœud papillon et une chemise blanche. Sylvain De Smet fait également partie des Verts. Sa couleur politique reste toutefois au vestiaire à chaque fois qu’il prend son service. « Je suis acteur à l’extérieur, spectateur à l’intérieur » s’amuse le chef de file des écologistes dans le Val-d’Oise. Il sera le premier des Verts dans ce département lors des prochaines élections régionales.

    Sylvain De Smet n’est pas avare en détails lorsqu’il raconte son parcours. Il adhère au parti écologiste en 1996, après avoir milité pendant dix ans au sein d’un « groupuscule », Los Craignos. Il expérimente déjà les tracts, les manifs et les élections locales. Le tout de manière festive et satirique. « On publiait un journal, Le Menstruel, votre nouveau périodique. »

    Rester discret

    L’ambiance est quelque peu différente au Sénat. Pas de quoi saouler le barman pour autant. Il y voit même un enrichissement personnel : « Le fait de devoir accueillir de la même manière alliés et adversaires politiques nous apprend à devenir plus diplomate. Par la force des choses on devient moins radical. On n’a pas le choix. Sinon on ne fait pas ce métier. »

    Quid des sénateurs quand ils découvrent que le barman fait de la politique ? Il admet que « ça doit leur faire bizarre. » Il tempère toutefois : « Certains sénateurs de mon département, qui ne sont pas du même courant que moi, ne s’en sont toujours pas rendu compte. Et je ne le crie pas partout. » Voix posée, parfois sourde, Sylvain De Smet sait se faire discret. Tous les parlementaires ne reconnaissent pas l’homme aux cheveux poivre et sel, dont les longues pattes descendent jusqu’au milieu des joues. « Qui peut imaginer que celui qui vous sert est un ancien secrétaire départemental des Verts ? » Lors des dernières sénatoriales, le vice-président socialiste a été obligé de négocier avec lui pour assurer sa réélection. En toute connaissance de cause. « A priori, il n’y a jamais eu de souci. Sinon je l’aurais très vite su et on m’aurait changé de service » assure-t-il.

    Cela ne l’empêche pas d’avoir une opinion sur son lieu de travail. Sylvain De Smet concède que c’est un « cadre merveilleux. » Tableaux et tapisseries ornent les murs. Et sinon, question écologie ? Il rit « J’ai droit à un joker ? » Le Sénat ne semble pas exemplaire : « Il faudrait à temps plein une personne qui ferait des propositions sur ce thème. »

    Mais ne vous y trompez pas, le barman écolo se sent à l’aise dans ce double rôle. « Ça me convient d’autant plus qu’il y a des Verts qui sont devenus sénateurs. Mon rayon de soleil, c’est quand Marie-Christine Blandin est devenue la première sénatrice verte. »