Jeudi-Noir expulsé par AXA ? « Indigne-toît »

, par  Sylvain De Smet , popularité : 3%

le vendredi 18 février 2011

« Mardi 15 février, les membres de Jeudi Noir ont appris l’ « expulsion immédiate et sans délais » de leur squat 22 avenue de Matignon, dans le VIIIème. En ma qualité d’élu EELV et comme soutien à leur action, je suis allé dormir avec eux deux nuits durant, et j’y retourne ce soir.

Ces jeunes sont exemplaires. Festifs, joyeux et d’une volonté sans limites, ils sont incroyables. Malgré le siège que leur impose la police suite à la décision du tribunal, ils gardent un moral d’acier. Il semblerait que rien ne puisse nuire à leur détermination. La police filtre les allées et venues des squatteurs ? Les entrées de denrées alimentaires ou d’effets personnels sont soumises au bon vouloir des forces de l’ordre ? Les amis, proches, soutiens sont recalés par la police ? Qu’importe ! Les jeunes restent solidaires et s’organisent pour réagir et ne pas s’attrister. Ils sont assiégés ? Et bien ils assiègeront ! Barricadés à l’intérieur du splendide bâtiment de 8 étages avec les moyens du bord, ils attendent, anxieux mais toujours unis, leur expulsion prochaine.

Il n’y a pas de chef, pas d’attentes, pas de hiérarchie. Mais une autodiscipline respectueuse. C’est tous les jours Les Copains d’abord. Et s’il venait à en manquer un et bien, « jamais au grand jamais, son trou dans l’eau n’se refermerait ». Cette solidarité sans failles est proprement magnifique. Cette expérience de vie et de partage citoyen les soudera, nécessairement, de façon inaltérable. Cela me rappelle Los Craignos, il y a une vingtaine d’années. Ces amis-là sont restés parmi mes meilleurs amis.

Ils sont étudiants précaires, mais aussi chômeurs, jeunes actifs ou stagiaires. Ils resteront jusqu’au bout parce que leur cause est juste.

Ecrit le jeudi 17 février 2011....à la veille de l’expulsion...

Cette nuit, empêché de rentrer pour cause d’ expulsion prochaine, j’ai dormi devant le 22 avenue Matignon...

Sylvain De Smet, interdit de rentrer dans le squat du 22 avenue Matignon, dort donc devant pour soutenir Jeudi Noir
Sylvain De Smet, interdit de rentrer dans le squat du 22 avenue Matignon, dort donc devant pour soutenir Jeudi Noir
Sylvain De Smet, avec Marie-Christine Blandin, Sénatrice, dans le squat du 22 avenue Matignon, pour soutenir Jeudi Noir
Sylvain De Smet, avec Marie-Christine Blandin, Sénatrice, dans le squat du 22 avenue Matignon, pour soutenir Jeudi Noir

petite vidéo avant-hier :

http://videos.tf1.fr/infos/2011/jeudi-noir-s-attendait-a-une-expulsion-mercredi-matin-6279588.html

Communiqué de Jeudi noir....depuis la décision est tombée...c’est l’expulsion

Le 15 février 9h30 les habitants du bâtiment du 22 avenue Matignon seront fixés sur leur sort avec la décision du tribunal du 8ème. Risque d’expulsion dans la foulée ou le 16 au petit matin.

Point presse à 11h, rassemblement de soutien à 18h.

Depuis le 27 décembre 2010, une trentaine de membres du collectif Jeudi Noir (travailleurs précaires, étudiants et familles mal-logées) habitent au 22 avenue Matignon.

Le 15 février, ils sauront si la justice accorde au propriétaire AXA un titre d’expulsion. Comme explique Maxim, habitant des lieux, « c’est très probable, mais la vraie question, c’est est-ce que Axa demandera le concours de la force publique, est ce qu’ils assumeront d’expulser 30 personnes en plein hiver pour garder vide un bâtiment ».

Si cette réquisition citoyenne offre un répit au cœur de l’hiver, elle vise surtout à dénoncer l’indifférence du gouvernement vis-à-vis d’une crise du logement qui s’aggrave à mesure que se gonfle la bulle immobilière. Alors que le Gouvernement n’a d’autre réponse à apporter aux mal-logés que la répression renforcée par la loi LOPPSI2, la réquisition du 22 avenue Matignon prend encore plus de sens et devient le navire amiral d’une société qui refuse un gouvernement liberticide.

Les galériens continuent de croire en une convention de bail précaire pour réconcilier droit au logement et droit de ne rien faire de sa propriété. Mais quand on dit ne rien faire, on dit vraiment ne rien faire, en témoigne cette vidéo de septembre 2010 où un copropriétaire montre que le bâtiment était ouvert aux quatre vents : http://www.dailymotion.com/video/xh0mq7_porte-ouverte-chez-axa_news

Peut-être que la Saint-Valentin réconciliera le gouvernement avec le droit d’avoir un toît.

Au quotidien, la force publique exerce toujours un blocus illégal et ridicule (voir best of ci-dessous) du bâtiment. Depuis le 7 janvier, la Préfecture assiège littéralement le bâtiment : après avoir bloqué l’entrée de nourriture pendant 48 heures, ce sont depuis 2 semaines duvets, radiateurs et autres biens nécessaires au quotidien qui ne peuvent entrer. Chaque fois, ce sont d’interminables discussions pour laisser entrer dans le bâtiment un radiateur pour se chauffer, jusqu’aux tabourets ou… aux pommes ! A croire que la police n’a rien de mieux à faire…

Pour lire la suite :
http://www.jeudi-noir.org/2011/02/13/jeudi-noir-expulse-par-axa-indigne-toit-delibere-au-15-fevrier/

Voir en ligne : http://europeecologielesverts-idf.f...

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  • Portrait fait par Alban Alvarez, étudiant en journalisme

    Portrait de Sylvain De Smet : Je vous sers un Vert ?

    Depuis dix ans, Sylvain De Smet œuvre à la buvette du Sénat. Militant écologiste, il concilie devoir de réserve sur son lieu de travail et engagement politique à l’extérieur.

    On peut l’imaginer derrière le comptoir doré. Devant lui et sous l’étincelant lustre, des sénateurs discuteraient de la taxe carbone. Mais sa participation au débat se limiterait à les servir. Les fonctionnaires parlementaires sont tenus à la discrétion professionnelle. C’est ce qu’on appelle le devoir de réserve. A 44 ans, Sylvain De Smet est barman au Sénat. Il porte un pantalon et un gilet noirs, un nœud papillon et une chemise blanche. Sylvain De Smet fait également partie des Verts. Sa couleur politique reste toutefois au vestiaire à chaque fois qu’il prend son service. « Je suis acteur à l’extérieur, spectateur à l’intérieur » s’amuse le chef de file des écologistes dans le Val-d’Oise. Il sera le premier des Verts dans ce département lors des prochaines élections régionales.

    Sylvain De Smet n’est pas avare en détails lorsqu’il raconte son parcours. Il adhère au parti écologiste en 1996, après avoir milité pendant dix ans au sein d’un « groupuscule », Los Craignos. Il expérimente déjà les tracts, les manifs et les élections locales. Le tout de manière festive et satirique. « On publiait un journal, Le Menstruel, votre nouveau périodique. »

    Rester discret

    L’ambiance est quelque peu différente au Sénat. Pas de quoi saouler le barman pour autant. Il y voit même un enrichissement personnel : « Le fait de devoir accueillir de la même manière alliés et adversaires politiques nous apprend à devenir plus diplomate. Par la force des choses on devient moins radical. On n’a pas le choix. Sinon on ne fait pas ce métier. »

    Quid des sénateurs quand ils découvrent que le barman fait de la politique ? Il admet que « ça doit leur faire bizarre. » Il tempère toutefois : « Certains sénateurs de mon département, qui ne sont pas du même courant que moi, ne s’en sont toujours pas rendu compte. Et je ne le crie pas partout. » Voix posée, parfois sourde, Sylvain De Smet sait se faire discret. Tous les parlementaires ne reconnaissent pas l’homme aux cheveux poivre et sel, dont les longues pattes descendent jusqu’au milieu des joues. « Qui peut imaginer que celui qui vous sert est un ancien secrétaire départemental des Verts ? » Lors des dernières sénatoriales, le vice-président socialiste a été obligé de négocier avec lui pour assurer sa réélection. En toute connaissance de cause. « A priori, il n’y a jamais eu de souci. Sinon je l’aurais très vite su et on m’aurait changé de service » assure-t-il.

    Cela ne l’empêche pas d’avoir une opinion sur son lieu de travail. Sylvain De Smet concède que c’est un « cadre merveilleux. » Tableaux et tapisseries ornent les murs. Et sinon, question écologie ? Il rit « J’ai droit à un joker ? » Le Sénat ne semble pas exemplaire : « Il faudrait à temps plein une personne qui ferait des propositions sur ce thème. »

    Mais ne vous y trompez pas, le barman écolo se sent à l’aise dans ce double rôle. « Ça me convient d’autant plus qu’il y a des Verts qui sont devenus sénateurs. Mon rayon de soleil, c’est quand Marie-Christine Blandin est devenue la première sénatrice verte. »